
À l’occasion de l’exposition «Matisse, 1941-1954» au Grand Palais, Maison Matisse est heureuse de présenter une réédition exceptionnelle de l’album Jazz menée en collaboration avec les éditions du Centre Pompidou. Jazz, conçu par Henri Matisse et publié pour la première fois en 1947 par Tériade, s’impose comme l’un des livres d’artiste les plus emblématiques du XXe siècle. Pensé comme un espace d’expérimentation, il marque l’émergence des papiers gouachés découpés, technique qui bouleversera les dernières années de l’artiste.

Impression d’une étude calligraphique inédite pour Jazz © Pierre Malherbet, 2026
En 1941, après avoir traversé une période de maladie, Henri Matisse entre dans une phase de renouveau artistique et met au point une nouvelle manière de créer, en rupture avec sa peinture précédente. Il inaugure ce qu’il appelle «dessiner avec des ciseaux», une technique inspirée de la taille directe en sculpture, dans laquelle il peint des feuilles de papier avant de les découper pour en extraire des formes qu’il compose ensuite directement sur le support. Cette méthode transforme son geste : il ne dessine ni ne peint plus au sens traditionnel, mais construit ses compositions par déplacement et agencement de ces formes découpées.
Dans ses œuvres, ce processus fait émerger un vocabulaire propre, fait de silhouettes simplifiées, de couleurs franches issues des papiers gouachés et d’un équilibre construit par les rapports entre les formes, où la découpe remplace la ligne et structure entièrement l’espace de la composition.
Jazz est composé de vingt planches en couleur accompagnées de textes manuscrits calligraphiés à l’encre de Chine par Matisse, dont la présence agit comme un véritable contrepoint visuel. Les images, issues de gouaches découpées puis à l’origine reproduites au pochoir, s’inspirent de souvenirs de spectacles de cirque et du voyage de l’artiste à Tahiti.
L’ensemble fonctionne comme une partition visuelle, portée par la puissance de la couleur, notamment le bleu, et par des aplats qui dialoguent avec intensité, tandis que le titre renvoie à une logique d’improvisation, de rythme et d’énergie maîtrisée.
La question de la transposition des œuvres dans l’album est centrale chez Henri Matisse qui contrôle avec une grande exigence la fidélité des couleurs. La reproduction au pochoir, entièrement artisanale, nécessite de nombreux ajustements afin de restituer au plus juste les équilibres chromatiques. Il existe ainsi un écart sensible entre les gouaches originales et les impressions finales, ce qui fait de la traduction de l’album un véritable enjeu artistique où la technique d’impression devient elle-même une forme d’interprétation.
Cette exigence se prolonge aujourd’hui dans la réédition confiée par les éditions du Centre Pompidou et Maison Matisse, à l’atelier Draeger, dans la continuité d’un savoir-faire historique.

Impression des planches sur la presse Marinoni-Voiron de 1904 de l’atelier Draeger © Pierre Malherbet, 2026
L’impression sur une presse lithographique Marinoni-Voirin plus que centenaire, réalisée chez Draeger, imprimeur historique des planches de texte de l’album Jazz, a permis de retrouver la qualité unique des découpages colorés et d’offrir une restitution parfaite de la chromie. Chaque couleur est imprimée séparément à partir d’une plaque offset gravée et nécessite parfois jusqu’à onze passages successifs sous presse.
La gestion de l’humidité et du comportement du papier Arches 100 % coton, influencent directement le résultat : le papier est préparé en amont pour limiter les déformations, illustrant à quel point la réalisation de l’album reste un dialogue précis entre exigence artistique et contraintes techniques.
La collaboration avec Maison Matisse a permis d’ajouter deux études calligraphiques inédites de Matisse pour la page de titre à cet objet d’exception.
L’exposition actuellement présentée au Grand Palais1 permet d’observer de près ce dialogue entre les compositions initiales et leur version imprimée. Cette confrontation met en lumière les choix, les écarts et les correspondances qui participent à la richesse de l’ensemble. Elle souligne aussi combien le passage par l’édition ne réduit pas l’œuvre, mais en propose une autre lecture, complémentaire ; lui offrant également une diffusion plus vaste.

Impression Jazz © Pierre Malherbet, 2026
La réédition actuelle redonne à cet ensemble toute sa présence matérielle. Pensé comme un objet à part entière, le portfolio met en valeur la qualité des impressions et le soin apporté à chaque détail. Il offre une manière renouvelée d’entrer dans cette œuvre, au plus près de son intensité.
Fidèle à sa vocation, Maison Matisse poursuit ce travail de transmission en faisant dialoguer l’héritage de l’artiste avec la création contemporaine. En collaboration avec des institutions comme le Centre Pompidou, la maison contribue à faire vivre cette œuvre et à en élargir l’accès, dans un esprit d’ouverture et de continuité.
Le portefolio édité à 150 exemplaires numérotés, ainsi que les 5 planches tirées à part, sont disponibles sur la boutique en ligne du Centre Pompidou2.

Conçue par le Studio, la collection Les Saisons a pour ambition de proposer des créations inédites de Matisse, sur des supports chers à l’artiste, pour qui l’accessibilité de son œuvre était essentielle.

